CETA: Point de vue d'un collègue député de la Creuse - 25 juillet 2019

Point de vue de Jean-Baptiste Moreau, collègue député de la Creuse et éleveur de Limousines

En 2018, 12 tonnes équivalent carcasse ont été importées en France soit environ 24 animaux. En effet le Canada a très peu de fermes qui produisent de la viande bovine sans hormone et peuvent donc exporter en France. Je tiens à insister sur ce point : l'Union européenne interdit d'importer de la viande issue de bovins élevés aux hormones. Il est donc faux de croire que nous risquons de manger du steak aux hormones avec le CETA. La création d'une filière sans hormone coûterait plus de 3 milliards d'euros pour 65 000 tonnes, c'est tout sauf rentable pour les Canadiens ! 

Le Canada est un pays ami qui ne fait pas tout et n'importe quoi. Bien sûr, la confiance n'exclue pas le contrôle des marchandises étrangères qui viennent en Europe mais aussi de celles qui circulent au sein du marché unique. 

La crise structurelle que traverse l'élevage en France n'est hélas pas causée par les importations. Je dis hélas car si ça n'était que ça cela serait assez simple à résoudre ! Elle est bien davantage provoquée par :

•Le comportement de certains acteurs qui accaparent la marge au détriment des agriculteurs ;

•L'absence de stratégie commune et réellement conquérante à l'export (à l'image de ce que fait par exemple l'Irlande ou l'Italie) ;

•La totale inorganisation de la filière viande bovine dans laquelle chaque organisation de producteur ou chaque éleveur se fait de la concurrence sur le prix au lieu de développer des stratégies communes comme cela peut-être le cas dans le lait ou la viande porcine.

 

La défense de l'élevage français est une des principales raisons de mon engagement en politique, je ne ménage pas mes efforts depuis deux ans en ce sens. Mon engagement est total, ma position est sincère : si j'avais le moindre doute sur le fait que le CETA déstabilise notre filière élevage et met en danger mes collègues éleveurs du Massif central, j'aurais été le premier à voter contre. Mais tel n'est absolument pas le cas.

Arrêtons donc les caricatures, les raccourcis et les insultes. Agriculteurs creusois, je vous invite à venir échanger avec Son Excellence Isabelle Hudon, Ambassadrice du Canada en France qui sera très prochainement en Creuse afin dialoguer et démythifier un certain nombre de choses qui ont été dites sur le CETA et ainsi mettre fin à l'hystérie collective qui entoure ces débats.

Contrairement au CETA, l'accord avec le Mercosur tel qu'il est négocié aujourd'hui est inacceptable car les contrôles et la traçabilité y sont totalement absents. Pourtant, conformément aux règles de l'OMC, près de 200 0000 tonnes de viande sud-américaine entrent en Europe tous les ans depuis de nombreuses années. Sur ces 200 0000 tonnes, aucune contrainte - environnementale ou sanitaire - n'est appliquée en dehors des règles mineures de l'OMC. 

C'est un fait, aujourd'hui nous échangeons les trésors de notre agriculture dans un cadre qui n'est pas bien protégé : celui d'un libre-échange mondialisé soumis aux règles mineures de l'OMC. 

Les accords comme le CETA sont un moyen de réguler ce libre-échange en négociant des clauses qui prennent en compte les spécificités de l'agriculture française et européenne et intègrent la protection de l'environnement. 

 

Certains rêvent sans doute d'un monde ultra protectionniste, replié sur lui-même avec des frontières étanches. Je ne partage pas cette vision :  cela serait dévastateur pour notre agriculture. Ce n'est pas une raison pour tomber dans l'autre extrême et avancer vers l'ultra libéralisme où la Commission européenne voudrait nous entraîner parfois. 

L'agriculture française a sa place dans l'agriculture mondiale car elle sait s'adapter. Nos agriculteurs et nos industries françaises de l'agroalimentaires savent s'adapter aux demandes grandissantes des consommateurs pour avoir accès à des produits sains, qui prennent en compte la protection de l'environnement et de la biodiversité. Nous savons nous adapter au changement climatique en modifiant nos systèmes d'exploitation : c'est tout l'enjeu des années qui viennent. Le Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA) ne peut être l'unique solution. La sécheresse que nous vivons actuellement le montre : il est impératif que nous mettions en place des réserves d'eau, un changement des cultures pour faire un maximum de stocks avant l'arrivée de la période sèche, une diminution du chargement pour accroître l'autonomie fourragère ou encore une assurance revenu afin de faire face aux aléas climatiques et économiques. L'Etat et l'Europe devront évidemment nous accompagner.

Il faut néanmoins être lucides : nos fermes familiales françaises ne pourront que trop rarement concurrencer les feed lot américains ou les fermes céréalières géantes ukrainiennes car pour arriver à un même produit, nos coûts de production sont supérieurs. 

 

Mais si nous décidons de faire de cette différence une force et de la déplacer sur des marchés de produits de qualité et tracés, l'agriculture française a son rôle à jouer. La qualité France est demandée partout dans le monde : de la Chine aux Etats-Unis, en passant par l'Amérique latine et le Canada. L'augmentation de nos exportations de fromages AOP et de nos IGP est un bon indicateur. La demande mondiale est forte et croissante pour des produits agricoles de qualité supérieure et ce ne sont pas que des marchés de niche.

Nous le savons : la consommation de viande bovine diminue de façon constante depuis plusieurs dizaine d'années en France. Nos éleveurs doivent réagir : pourquoi est-ce si compliqué de développer l'export de viande bovine Label rouge à l'image de ce que nous avons fait pour le vin français ou nos fromages ?

Nous avons un boulevard pour valoriser la qualité France de nos viandes. Je crois sincèrement en l'agriculture française et en son avenir mais cet avenir ne doit pas être rabougri et replié sur soi : l'avenir de l'agriculture française et européenne doit être conquérant ! 

L'Etat français et l'Union européenne seront aux côtés de nos agriculteurs et les aideront mais chacun doit aussi se prendre en main pour œuvrer de façon réellement collective.C'est en arrêtant les chicaneries entre coops, anti coops, Ouest contre Massif central, limousins contre charolais et aller tous ensemble convaincre nos consommateurs en France, en Europe et dans le monde que nous y arriverons ! 

Notre agriculture française est la plus durable et la plus vertueuse du monde à bien des égards, elle mérite que nous nous battions et que nous changions nos logiques de production pour la valoriser au mieux et faire vivre ses paysans.