CETA: pourquoi j'ai voté pour

Le 23 juillet, l'Assemblée nationale a adopté le projet de loi autorisant la ratification du CETA. Les raisons de mon vote en faveur de ce texte.

Quand les rédactions se dépeuplent en raison des congés et que l'actualité est moins chargée, les journaux se nourrissent de l'une ou l'autre polémique qui est montée en épingle. Cette fois, c'est la ratification du CETA qui sert de prétexte à une campagne dans les médias et sur les réseaux sociaux avec son lot d'amalgames, d'insultes, voire de menaces pour tous ceux qui ne seraient pas opposés à ce traité commercial. 

Le plus étonnant est que jamais n'est réellement abordé le fond du sujet. Alors, que se cache-t-il derrière ces quatre lettres ?
 

Les nouvelles règles commerciales entre l'Europe et le Canada
 
Le CETA prévoit la baisse des tarifs douaniers sur 99% des produits échangés entre les deux zones et permet une simplification du cadre réglementaire, notamment dans le domaine de transports et des télécoms. Le but est de faciliter les échanges commerciaux tout en intégrant de nouvelles règles pour protéger le secteur agricole et pour tenir compte des principes de l'accord de Paris sur le climat. Ainsi, le Canada reconnaît 143 protections géographiques, en particulier dans les secteurs viticoles et laitiers. De ce point de vue, cet accord est un pas de géant pour une agriculture européenne qui a fait de la qualité alimentaire son credo et qui pourra désormais exporter ce savoir-faire qui nous est envié dans toutes les capitales du monde.
 
Le CETA comporte aussi un deuxième volet qui n'est que rarement évoqué.
Il s'agit d'un partenariat stratégique dans de nombreux domaines : sécurité, lutte contre le terrorisme, non-prolifération des armes, migrations, droits humains, environnement, recherche, énergie, éducation. Ces sujets de convergence sont particulièrement bienvenus à l'heure où Trump tourne le dos au vieux continent et dénonce les engagements climatiques des Etats-Unis.

Voilà pour le contenu.
 

Polémique autour de la viande
 
Bien qu'ils reconnaissent que cet accord comporte des avancées inédites et apparaît comme le plus équilibré depuis longtemps, beaucoup de mes collègues ont prudemment choisi de s'abstenir. Il est vrai qu'il n'y a que des coups à prendre face à une opinion publique épouvantée par l'apocalypse sanitaire annoncée conjointement par les extrêmes de droite et de gauche, les écologistes, ce qui reste des socialistes et une droite républicaine en pleine campagne interne. N'oublions pas dans cet inventaire les groupuscules militantes et lobbys divers qui nourrissent les controverses et prospèrent sur les psychoses collectives.

Enfin, les organisations agricoles se sont jointes au concert de klaxons lorsqu'elles ont constaté que l'attention se focalisait sur la viande bovine et elles ont appelé les parlementaires pour leur donner quelques conseils amicaux en vue du vote.

Alors, la viande canadienne va-t-elle empoisonner les Français comme le prétend François Rufin ou, plus surprenant, l'éditorialiste des DNA le 25 juillet ? Je les renvoie à l'excellente tribune de mon collègue Jean-Baptiste Moreau, député de la Creuse et éleveur de Limousines que vous pouvez consulter sur mon site internet où il démonte cette mise en scène grotesque des démagogues de tout poil.
 

L'export est vital pour l'agriculture
 
Comme je l'ai souligné en novembre 2018 dans mon rapport budgétaire sur le commerce extérieur, la balance commerciale agroalimentaire, bien qu'affichant encore un excédent, ne cesse de se dégrader.

Pour rectifier le tir l'agriculture doit déployer ses talents dans deux directions.
D'abord reconquérir les parts de marché intérieur en développant des produits bios et des techniques respectueuses de l'environnement, en rééquilibrant les relations commerciales avec la grande distribution, en ayant un accès préférentiel à la restauration collective. Evidemment, du côté des consommateurs, il serait bon d'acquérir le réflexe de laisser une place plus importante aux produits « made in France ».
L'autre plateau de la balance c'est celui de nos exports. Or, les filières françaises sont à la traîne alors que la réputation de nos productions est excellente et qu'elles trouvent des débouchés nouveaux dans bien des régions du monde, y compris pour la viande bovine.

Mais pour réussir, il faut évidemment que les règles du jeu soient équitables et les taxes douanières raisonnables. Les producteurs de vins vous le diront : il est impossible d'exporter nos grands crus dans des pays qui taxent chaque bouteille à 150 ou 200% au passage de la frontière, sans parler des formalités administratives kafkaïennes.

Alors oui, je crois que l'accord commercial signé entre l'Europe et le Canada est d'abord une chance pour l'agriculture française et non une menace.
 
Il serait bon que les organisations agricoles se mobilisent pour profiter de ces opportunités alors que leur réflexe naturel est de vouloir entourer le pays d'une ligne Maginot douanière. Chacun connaît la fin de l'histoire avec ce genre de stratégie strictement défensive : c'est perdant-perdant.
 
En votant « POUR » l'accord Europe-Canada j'ai voulu dire tout cela : refuser la démagogie des Mélenchon et Le Pen, refuser les calculs d'épiciers de ces responsables politiques qui ne pensent qu'à travers les sondages, refuser de voir la France se recroqueviller et choisir le déclin.

Je vais être franc: les emplois et la prospérité de demain se gagneront d'abord sur les marchés d'exportation. Aurons-nous la lucidité de l'admettre un jour ?