Infos & Débats n°31 | 21 mars 2019
En immersion au Bundestag
 
Le 11 mars dernier, l’Assemblée nationale a adopté une résolution en faveur de la création d’une assemblée parlementaire franco-allemande. Une délégation du Bundestag avait fait le déplacement pour assister aux débats au Palais Bourbon. Cette semaine, c’était au tour d’un groupe de députés français de se rendre à Berlin.

Deux jours intenses
Le mercredi 20 mars, j’ai donc assisté aux échanges dans l’hémicycle du palais du Reichstag, écoutant tour à tour les avis de l’ensemble des groupes politiques et constatant avec satisfaction une très forte adhésion au projet. C’est une étape importante vers un travail en commun qui doit nous conduire à mieux nous connaître et à comprendre plus précisément où se situe le centre de gravité de la vie politique dans chacune de nos nations. 
 
Avec Christophe Arend, président du Groupe d’amitié France-Allemagne de l'Assemblée nationale, j’ai ensuite enchaîné sur une audition de la Commission des affaires européennes. A l'ordre du jour: la situation en Bosnie-Herzégovine et le compte-rendu des travaux de l’Eurogroupe par le secrétaire d’Etat au budget. Hasard du calendrier : au même moment Bruno Le Maire était entendu à Paris sur le même sujet. Dans les deux cas, la volonté de la France et de l’Allemagne d’avoir une position commune pour le renforcement de la zone Euro était au cœur des débats.
 
A la fin de cette réunion, visite du bureau d’une collègue de Mainz où, autour d’un café, nous avons comparé les relations entre nos Etats et les institutions religieuses, l’Alsace concordataire se trouvant quelque part à mi-chemin. J’ai terminé la journée par un dîner de travail avec mon voisin Peter Weiss, député de Emmendingen, autour d’une étude sur l’évolution du marché du travail en Allemagne et de la volonté commune de lever les obstacles à une meilleure collaboration entre Arbeitsamt et Pôle Emploi. Nous avons également évoqué les difficultés rencontrées par les entreprises allemandes dans l’application de la version française de la « directive travailleurs détachés » jugée trop bureaucratique ainsi que les problèmes de transport rencontrés par les frontaliers. Dès samedi nous passerons d’ailleurs aux travaux pratiques en débattant avec les élèves de deux classes d’Erstein et de Lahr sur le thème de l’apprentissage transfrontalier.
 

La France dans tous les esprits
Jeudi matin, retour en session plénière du Bundestag pour entendre la déclaration préalable au Conseil européen de la Chancelière, ainsi que le débat qui suivit. Angela Merkel  a évidemment évoqué la situation inextricable du Royaume Uni empêtré dans son choix du Brexit, avant d’apporter son soutien au rapprochement franco-allemand afin de renforcer un édifice européen fort chahuté. Tour à tour, tous les orateurs ont réagi sur ces deux thèmes, soit pour apporter le soutien de leur groupe politique, soit pour exprimer leurs réserves à ce qu’ils craignent être une perte de souveraineté.
 
La lettre du Président de la République aux Européens, où Emmanuel Macron présente clairement les thématiques sur lesquelles les Etats membres doivent se définir une stratégie commune, ne laisse personne indifférent. Et à ma connaissance, jamais dans un parlement étranger, on n’a autant parlé de la France, soit pour approuver les idées avancées, soit pour les pourfendre. C’est dire que la relation privilégiée entre nos deux pays est le cœur du réacteur : si nous voulons traiter d’égal à égal avec une Chine conquérante et une Amérique isolationniste, il est incontournable que nous nous entendions et que nous entraînions l’ensemble de l’Europe autour d’un projet volontariste.
 

Se parler pour mieux se comprendre
Le 11 juin 2014, Angela Merkel prononçait ce discours devant le corps diplomatique rassemblé à la Chancellerie :
« La crise de juillet 1914 à l’origine de la Première Guerre mondiale était due essentiellement à l’absence de dialogue.  En dépit des relations personnelles ou des liens de parenté que de nombreuses personnalités entretenaient les unes avec les autres par delà les frontières nationales, il régnait à l’époque un climat non pas de confiance mais plutôt de méfiance qui s’accompagnait d’un manque de sens des responsabilités partagées. Tel est pour moi, pour le gouvernement fédéral, (…) l’enseignement que nous devons en tirer : plutôt que de parler les uns des autres, nous devons toujours essayer de parler les uns avec les autres, même si certains sujets donnent matière à controverse, et chercher le dialogue. »
 
Oui, la grande Histoire n’est pas un processus linéaire et murement réfléchi, mais bien souvent le fruit de malentendus et de fâcheux cafouillages. Le spectacle lamentable du Parlement britannique incapable de s’entendre sur le Brexit montre que nos démocraties ne sont pas totalement immunisées. Heureusement nous n’en sommes plus à imaginer nous faire la guerre. Mais face aux pressions externes auxquelles est soumise l’Europe – migrants, climat, terrorisme, dumping économique – et face aux tensions internes – relents nationalistes, chômage, irruption des réseaux sociaux – c’est sur les épaules de la France et de l’Allemagne que repose la responsabilité de garantir la stabilité du continent européen.
 
L’assemblée franco-allemande qui siégera la première fois à Paris le 25 mars sera ce trait d’union qui faisait défaut à nos deux parlements:  elle doit nous permettre de conjuguer nos points de vue pour donner à nos choix politiques tout le poids qu’ils méritent.


Les députés du Bundestag se déplaçant pour le scrutin nominatif à l'issue du débat sur l'Assemblée parlementaire franco-allemande.
 
Rencontre avec une délégation de parlementaires autrichiens spécialistes de l'agriculture au sein de la Commission des Affaires Economiques.
Auditions de représentants du Centre Européen de la Consommation dans le cadre du projet de la Collectivité Européenne d'Alsace.
Plus d'une centaine de personnes ont répondu à l'invitation d'Agir pour échanger dans le cadre du Grand Débat National. 
 
Projet de loi santé : Bien, mais….

Cette semaine a été consacrée à l’examen du projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé. Après l’école, un autre texte de fond qui impactera les 20 prochaines années et qui prouve, si besoin était, qu’en dépit du mouvement Gilets Jaunes et des violences qui y sont liées, nos institutions continuent de fonctionner et les parlementaires de faire leur travail.

Si notre territoire ne souffre pas de la désertification médicale, nous avons tous pu constater l’allongement des délais pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste, nous avons tous fait l’expérience de consultations menées à un rythme plus rapide, parfois avons-nous constaté l’engorgement de nos services d’urgence. Sans céder au catastrophisme, ces faits sont néanmoins les signaux qu’une réforme de notre système de santé est nécessaire, afin que chaque patient puisse accéder aux meilleurs soins le plus rapidement possible. C’est l’objectif de ce texte qui traduit dans la loi le plan « Ma santé 2022 » qu’avait annoncé le Président en septembre dernier. Réformer les études de santé, les modalités de de recrutement à l’hôpital, développer le numérique dans le domaine de la santé, prévoir une refonte de l’ARS: tels sont ses principaux axes.

Si les députés d’Agir partagent pour les préoccupations et les objectifs affichés par ce projet, nos orateurs ont néanmoins souligné certains aspects qui nécessitent une prise en compte.

D’abord, nous regrettons une fois de plus l’usage massif et désormais quasi-atavique par le gouvernement des ordonnances (8 articles sur 23 y sont consacrés) sur des sujets majeurs comme l’organisation des soins, la réforme de la carte hospitalière ou la refonte des groupements hospitaliers de territoire.

Si la suppression du numerus clausus est enfin actée, celle-ci ne portera ses fruits que dans 10/15 ans. D’ici là, il s’agira de décloisonner les pratiques et d’encourager l’exercice partagé des tâches entre professionnels : concrètement, cela signifie que nous soutenons par exemple les mesures visant à autoriser le pharmacien à dispenser, sous conditions, certains médicaments destinés à soigner des pathologies mineurs. Par ailleurs, le problème de l’attractivité pour la médecine libérale demeure : ainsi, seulement 25% des diplômés choisissent l’exercice libéral. Il est dès lors essentiel de développer les possibilités de stage en médecine de ville, car ce sont au cours de ces stages que les étudiants mûrissent leur projet professionnel.

De même, de nombreuses critiques ont été régulièrement formulées au cours des années sur le fonctionnement des ARS : celles-ci sont assimilées à des structures technico-financières, où le directeur concentre l’essentiel des pouvoirs, sans réel outil de démocratie autour de lui. L’hôpital de Sélestat a d’ailleurs pu en faire l’amère expérience au cours des dernières années. Avec Agir, je plaide pour la création d’un partenariat entre l’ARS et les acteurs de santé du territoire pour que ces structures puissent véritablement adopter une approche régionale des problématiques de santé.

Enfin, s’il est clair que ce texte se veut être structurel et vise à réorganiser le système de santé au profit du patient, il est regrettable qu’il ne soit pas fait mention des outils de la prise en charge, comme le médicament ou la prévention, deux sujets sur lesquels il reste encore du chemin à parcourir.
 
En images
Bernard Frantz, Président de la section de Villé de la FNACA lors de la cérémonie du 19 mars à Saint-Maurice.
Assemblée Générale des Diables Bleus au Quartier Cambours présidée par le Colonel (H) Gilbert Dollé. 
Antoine Herth | Député du Bas-Rhin
5 rue Roswag 67600 Sélestat


www.antoine-herth.fr

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