Infos & Débats  n°7 | 22 février 2018

Mercredi dernier, avec quelques collègues du groupe d’amitié France-Allemagne, j’ai répondu à l’invitation de l’ambassadeur d'Allemagne à Paris Nikolaus Meyer-Landrut pour un tour d’horizon politique chez nos voisins. Arrivé en poste à Paris en 2015 – mais marié à une Française -  ce haut fonctionnaire d’outre-Rhin connaît aussi bien notre pays que les arcanes de la politique européenne puisqu’il a travaillé avec Valéry Giscard d’Estaing au projet de Constitution européenne. Mieux, pour avoir été le conseiller «Europe» d’Angela Merkel pendant 4 ans, il sait parfaitement décrypter le fonctionnement de la grande dame et peut-être deviner ses intentions.

C’est donc à l’Hôtel de Beauharnais, autour d’un café, que notre hôte nous a décortiqué le mécanisme politique et institutionnel qui devrait aboutir dans les prochains jours à la mise en place de la «Grosse Koalition», communément appelée GroKo par les Allemands, entre CDU-CSU et SPD.

Après l’échec d’une première tentative de coalition ‘Jamaïque’ (les couleurs traditionnellement attribuées aux différents partis correspondant dans ce cas de figure à ceux du drapeau de la Jamaïque) entre CDU-CSU, FDP et les Grünen, les discussions entre la droite et la gauche se sont prolongées des semaines durant pour aboutir à un accord de 176 pages qui définit les axes politiques pour les 4 prochaines années. Y est également décrit l’équilibre du gouvernement. Six ministères sont prévus pour la CDU – dont l’Economie – six ministères pour la SPD – dont les Affaires étrangères ainsi que les Finances – enfin trois ministères sont accordés à la CSU dont le très sensible ministère de l’Intérieur en charge du dossier des migrants. La Chancelière devrait annoncer la liste des heureux élus «avant lundi».

Mais plusieurs obstacles restent encore à franchir.

Du côté de la CDU, un congrès doit valider l’orientation et, pour calmer la garde montante, la Chancelière a mis sur orbite la présidente du Land de la Sarre – Annegret Kramp-Karrenbauer – pour reprendre les fonctions de secrétaire générale du parti. Elle donne ainsi un premier signal sur la manière dont elle compte redynamiser le parti chrétien-démocrate et préparer sa succession.

Du côté SPD, ce sont les 460.000 adhérents qui doivent s’exprimer à travers un vote par correspondance pour dire si oui ou non ils approuvent le projet de coalition. Le vote semble incertain dans un parti aux prises avec de fortes turbulences. Martin Schultz, qui a mené les difficiles négociations avec Merkel, a dû abandonner la tête du parti et toute ambition ministérielle face à la monté de la contestation. Le résultat du vote sera connu le 4 mars. Si le oui l’emporte, la coalition est en piste jusqu’à la fin de la législature. 

Mais si le non est majoritaire à gauche, le Président fédéral va néanmoins proposer Angela Merkel au poste de Chancelière. Et c’est au Parlement qu’il appartiendra de trancher définitivement par un vote lors de la séance plénière du 15 mars prochain. Le résultat logique serait que Madame Merkel n’obtienne pas de majorité. Dans ce cas, le Président Steinmeier constatera l’impossibilité de former un gouvernement et appellera de nouvelles élections législatives. Selon les derniers sondages, la CDU s’est légèrement renforcée alors que SPD et FDP perdent du terrain. Seuls les Grünen progressent de 2 à 4% dans les intentions de votes alors que l’AFD est stable. Bref, de nouvelles élections risquent de déboucher une nouvelle fois sur une équation complexe.

A moins que le Parlement, par le jeu des abstentions, ne donne le 15 mars prochain une majorité relative à Angela Merkel. Dans ce cas, elle gouvernera sans les socialistes – et sans l’accord de coalition péniblement négocié – jusqu’au moment où elle sera mise en minorité sur l’une ou l’autre de ses politiques et renvoyée devant les urnes. Ce serait une situation tout à fait inédite dans l’histoire politique allemande mais plus du tout impensable.

Début de réponse le vendredi 4 mars.



 

Nikolaus Meyer-Landrut, ambassadeur d'Allemagne à Paris, reçoit les membres du GA France-Allemagne pour une analyse de la situation politique à Berlin

Table-ronde sur la revitalisation commerciale des centre-villes en Commission des Affaires Economiques

Le Groupe Udi, Agir et Indépendants autour du Ministre de l'Intérieur pour discuter des thématiques liées au droit d'asile et aux migrations

Réunion de l'Office Parlementaire scientifique (OPECST) sur la sécurité des installations nucléaires

L’essentiel du rapport de la Cour des Comptes

Dans son rapport annuel 2018, rendu public le 7 février, la Cour manifeste un scepticisme marqué sur le redressement des finances publiques dont l’exécutif a pourtant fait son mantra. Les premières critiques commencent à poindre contre la stratégie budgétaire du Président Emmanuel Macron, jugée trop laxiste sur les dépenses. « La trajectoire de finances publiques présentée dans la loi de programmation des finances publiques est affectée de nombreuses fragilités », est-il écrit dans le rapport, qui juge que l'exécutif se repose bien trop sur la bonne surprise de l'accélération de la croissance.

Pour 2017, un retour possible du déficit en dessous de 3 points de PIB, grâce à des plus-values importantes de recettes, mais sous réserve du traitement en comptabilité nationale du contentieux sur la taxe à 3% sur les dividendes. 

→ Pour 2018, un objectif de réduction du déficit public effectif et structurel très faible (0,1 point de PIB). Le déficit public s’élèverait ainsi à 2,8 points de PIB. La France serait le seul pays de la zone euro où le ratio de la dette publique au PIB ne diminuerait pas. La Cour des Comptes demande au Gouvernement de ne pas relâcher ses efforts, même si la conjoncture est favorable.

→ Concernant la stratégie de la loi de programmation 2018 – 2022 et la trajectoire de moyen terme : le redressement est tardif, le déficit prévu restant très proche de 3 points de PIB jusqu’en 2019 et sa réduction n’est programmée qu’à partir de 2020. De plus elle s’appuie sur des instruments fragiles, en partant sur une hypothèse d’une croissance soutenue, constamment supérieure à la croissance potentielle.

Au-delà de cet avertissement, c’est un véritable changement de culture politique que prône la Cour des comptes. Selon cette dernière, il est temps de passer d’une culture de moyens à une culture de la performance et de l’évaluation. 

→ En réponse, le Président de la République a affirmé sa volonté de rééquilibrer le temps parlementaire en faveur de l’évaluation des politiques publiques, en faisant de la loi de règlement l’un des temps forts de l’activité parlementaire. Il a également souligné qu’il était urgent de renouveler les indicateurs de performance, aujourd’hui obsolètes, puisque ces derniers datent de la LOLF (2001).


Le chiffre:

83 

C'est le pourcentage d'Alsaciens qui souhaitent 'que l’Alsace renaisse et retrouve un statut de collectivité territoriale', selon un sondage IFOP réalisé entre le 8 et 12 février dernier.

En images
La traditionnelle cavalcade du Rosenmontag
à Sundhouse
Le Salon de la Moto organisé par le Moto Club d'Andlau dont l'édition 2018 n'a pas démenti les succès précédents.
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Antoine Herth | Député du Bas-Rhin
5 rue Roswag 67600 Sélestat

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